VENDREDI 8 MARS

Réveil sous la neige tombante. Pendant que tout le monde s’équipe, après le petit déjeuner, pour se mettre à l’eau, je prépare l’annexe pour aller faire  une collecte de plancton, d’eau, et une ballade sur les traces vestiges baleiniers qui jalonnent les rives.
baleineJe me préserve pour ce soir car j’aimerais me mettre à l’eau de nuit… Le voyage touche à sa fin et la fatigue du froid se fait ressentir, me restreignant à une sortie journalière. Seul Laurent est de toutes les mises à l’eau…

Cette longue ballade au fil de l’eau, au fil du temps, me projette au temps des baleiniers, quand la baie était emplie de bateaux, les rives de vie et de mort… Le temps des baleiniers… Un temps où le bleu de la Mer était rouge, où l’homme mitraillait plus au harpon, qu’il ne le fait au téléobjectif de nos jours… Et pourtant, malgré ces faits de nos aînés qui pourraient nous paraître peu glorieux aujourd’hui, j’ai de l’admiration pour le courage de ces hommes qui venaient ici, sans grib météo, sans gore tex et autre confort, inimaginable aujourd’hui… Nous sommes d’accord pour dire que c’étaient de vrais carnages, des boucheries sans nom, et que l’homme était indigne de ces terres et Mers originelles…

Et aujourd’hui? Que faisons-nous? Pas pire que nos ancêtres, qui sous couvert, comme nous, du sacro saint « il faut bien manger !! » pillons notre Mer, nos terres, sans inquiétude pour demain…Nous sommes les baleiniers sanguinaires qui saignons notre Mer, la laissons exsangue et vide à nos enfants. A défaut de solution, j’aimerais montrer à ces enfants ce qu’il reste de beau, qu’il y a des endroits où l’on peut voir des animaux qui n’ont pas peur de l’homme, qu’il y a des endroits où l’homme s’est pris en main pour les protéger… Peut être qu’ils arriveront à inverser la tendance. Ici nous rêvons le jour et dormons la nuit, au retour je me réveillerai…

Un coup d’œil sur le bateau, je vois les apnéistes rentrés à bord. Je les rejoins. L’épave est belle. L’hélice encore sur la ligne d’arbre colonisée par les gorgones locales. Les ossements de baleines jonchent le fond à proximité. Nous repartons tous ensemble pour une ballade sur terre. Dans la passie de montagnards nous découvrons un igloo creusé dans le glacier. Au sommet le panorama est…exceptionnel encore une fois. Après le repas de 15h, je repars avec Alex pour un autre plateau…Même résultat…
La nuit tombe, le matériel est prêt. Fin de repas, Laurent et moi nous mettons à l’eau. J’aime cette sensation de l’immersion de nuit, qui est la même à Portsall, Saint Malo où ici, même si ici, elle a une saveur particulière, le goût frais de l’Antarctique. Le Halo de nos phares éclaire les macro organismes qui viennent à nous.

À la descente sur l’épave nous rencontrons les gobies locaux posés sur les tôles effondrées. Laurent entre dans les cales du baleinier. Je le suis au travers des membrures du pont. Nous continuons nos immersions vers l’arrière. La profondeur augmente, mais le temps reste le même. L’échauffement est passé, nous sommes à l’aise et le spectacle splendide nous maintien au fond jusqu’aux spasmes. Minuit nous rentrons.

Franck

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